lundi 10 janvier 2011

Mais où va t on ?

Aujourd'hui, surfer sur internet m'ennuie.
Je ne trouve plus ce que j'arrivais à trouver de palpitant avant.

Alors là, vous vous dites certainement:
"Allez, encore un relou qui va se plaindre du changement et de que c'était mieux avant"
Bah c'est pas faux. A une différence près, c'est qu'aujourd'hui je suis sensé être un acteur du web et que ça ne m'intéresse plus, ce qui est gênant dans ma situation.

Je n'ai que 25 ans.
L'informatique et moi, c'est comme deux personnes qui semblent pouvoir s'apprécier mais qui n'osent pas trop, sous prétexte de "ce n'est pas le bon moment" ou "je ne me sens pas encore prêt à me lancer dans une longue relation". Nous nous sommes toujours observé, enfin surtout moi...

A l'adolescence j'aurai pu me prendre au jeu, surtout que j'ai été bien entouré dès le plus jeune âge, mais je n'ai toujours pris que la partie amusant de l'informatique.
En gros les jeux vidéo. Oh putain j'en ai bouffé ! Et tout sur ordi, très peu sur console, pas le droit à la maison (mon père passait ces nuits dessus donc sanction collective pour sauver un mariage).
Ça aurait pu glisser, quand j'ai commencé à m'intéresser au fonctionnement du system32 de windows 95, mais le plantage intégral du PC et les semaines de punitions qui ont suivit, m'ont ôté toutes velléité de démonter la bête et de continuer mes explorations.

Donc adolescence.
Adolescence avec toutes les joies de la rébellion, de l'intérêt grandissant pour les filles, le skate, le foot, les bières à la sortie des cours et sur la fin, les soirées entre copains, le tout m'amenant au BAC.
A cette époque là, accès internet obtenu sur le tard, mes souvenirs de l'époque sont voissa.com, magnifique site érotique mettant à peu près 3 minutes pour afficher une image 25k, uzinagaz.com pour s'occuper en cours d'informatique, Kazaa/Emule/Limewire, mes premiers mails reçus sur msn avec, comme tout le monde, une adresse à rallonge inutile et d'innombrable sites en statique absolument immondes.
En d'autres termes, pas intéressé. J'utilisais encore le magnéto en ces temps.

Réussite au BAC donc, départ pour Saint Etienne, premiers vrais cours d'informatique autre que Excel, Word et Access en lien direct avec Internet.
TP de première année, créez votre site internet! Et là on nous parle de CSS, de Dreamweaver et de Acheter Aime elle (???) et de sa version X (oui, oui, HTML et XHTML). Du Chinois pour moi mais grattant une petite corde tout de même.
Et c'est à ce moment là que je me mets beaucoup plus activement sur la toile qui, elle, ne m'a pas attendu.

2005, le web 2.0 est en plein essor, avec tout les codes graphique que l'on lui connait, son mode de communication et ses stars.
L'une des miennes, c'est Mister LaFraise, Patrice Cassard himself, cloitré dans la même ville que moi, sans que je ne le sache d'ailleurs. Mais on y reviendra.
C'est depuis cette période seulement que j'évolue légèrement sur internet et sa blogosphère.
En vie humaine, ça ne fait pas long, sauf si c'est la merde, mais en vie internet, c'est une putain d'éternité. Et c'est là où je veux en venir.

En fait, divers éléments m'y ont fait réfléchir. Récemment je suis retombé sur mes marque-pages d'il y à 4 ans avec, eux-même, des liens datant de bien avant. Aujourd'hui, je suis tombé sur cet article de Zippy.

Quand j'ai découvert la blogosphère, j'ai découvert assez rapidement le site de LaFraise mais surtout sa galerie de motifs, proposés aux votes de la communauté.
Et là... des gens. Pleins de gens. Mais MASSE DE GENS. Et pas des cons en plus. Des gars avec un max de connaissances et de références directement vérifiables sur tout ce qui pouvait être lié de près ou de loin au design, au t-shirt, ou tout simplement à la culture!

Je ne connaissais pas les forums, j'en avais une très mauvaise image, et n'étais pas particulièrement curieux d'apprendre par mes propres moyens. Mais là, découvrir autant de discussions, bienveillantes, structurées, soutenues par de nombreuses allusions et références, ça donnait l'envie de suivre tout ça, sans forcément entrer dans le débat (ce que je n'ai jamais fait par timidité...sic!), d'apprendre, et de suivre tout les liens qui m'étaient donnés.
Au départ ça restait dans cette logique de suiveur, mais assez rapidement je me suis prit au jeu et ai commencé à creuser les informations, à m'intéresser à un maximum de trucs, en me perdant (trop) souvent dans la masses des informations, quitte à me disperser et à rater l'essentiel d'internet: L'interaction avec les autres.

Comment ne pas le regretter. Si on fait un bilan de cette époque là (putain mais c'était il n'y a que 5 ans mec !!!!) et d'aujourd'hui, les principaux acteurs ont disparu, se sont reconvertis ou ne sont plus que dans une démarche commerciale, là où autre fois, l'agora virtuelle n'était que leur libre lieu d'expression.
Revenons-en à Cassard et LaFraise.
Il s'agissait juste d'un gars qui, dans une démarche sincère, à tenu un blog pour informer ses potes, restés dans son ancienne ville, de ses déboires de jeune chef d'entreprise. C'était plus ou moins novateur, mais c'était surtout honnête et pas intéressé.
Ça a marché pour les simples raisons que ça changeait des forums, que ça sentait bon la bière et la clope de l'apéro entre copains, qu'il partageait des infos avec tout le monde et que tous pouvaient s'adresser à lui et il répondait. Poli le mec.
On ajoute le concept fédérateur de tout le monde participe au choix des t-shirts imprimés et tout le monde peut déposer des motifs et empocher une cagnotte, plus que symbolique pour l'époque. Les commentaires sous les motifs, les messages privés, des amitiés qui se créent et des engueulades qui explosent.
En gros, Cassard était le maire du village de LaFraise sur Loire et les Allemands de passage dans les campings de la région ont cru que de racheter la mairie et les environs en y appliquant leurs loi, n'empêcherait pas les habitants d'y être heureux.
Bah c'était à chier comme idée.
Devenue vitrine qualitative de Spreadshirt, LaFraise a perdu tout son aspect initial de café de copains avec nos dessins rigolos qui ne faisaient rire que nous, pour devenir un ShopiMarket du design graphique de t-shirts. Et son blog n'en parlons pas.
Les designs n'ont plus l'intérêt du début, il faut être fashion, tendance, avoir 25 diplômes des beaux arts pour se voir publier un truc, où est le jeu ? Les échanges tripants et surtout cette sensation que l'on ne soit pas là que dans une démarche commerciale nous amenant à en acheter toujours plus ? Ça pue le complot commercial maintenant...
En fait, je crois que ce site je l'aimais, mais vraiment, comme on peut s'attacher à un truc de notre quotidien qui disparait. SPREADSHIRT M'A TUER devrait être tagué sur la home de LaFraise.

Parce que c'est ça, le vrai problème aujourd'hui. Quels blogs résistent encore à la tentation de faire de la pub ou de s'affilier à telle ou telle enseigne ? Peu. Parce qu'avoir un blog aujourd'hui, c'est espérer pouvoir en obtenir quelque chose, comme les autres... Des cadeaux, de la reconnaissance chiffrée en nombre de visite ou de fans, provoquer l'achat. Il n'y en a presque plus qui racontent une histoire.
Le règne des Community Manager, qui ne sont rien du tout en fait, à prit la place des bloggeurs émérites, font preuve d'une créativité illimité pour orienter les "nouvelles masses", autrefois dans le rues commerçantes, aujourd'hui sur de pseudo-blogs mais surtout sur les réseaux sociaux, Facebook en tête.

Et franchement ça me fait mal au cœur.
Mal au cœur de ne croiser des blogueurs retraités, uniquement au détour de quelques commentaires éparses, dégoûtés de la tournure qu'a prit internet ou de ce que des internautes déviants leurs ont fait subir.
Mal au cœur de ne plus pouvoir avoir accès à leurs trouvailles et univers via leurs blogs, maintenant fermés ou oubliés.
Alors il y en qui ont prit le relais, comme MrLam avec ces 36000 blogs mais où il est toujours hyper impliqué, Patrice qui à reprit une activité dans le prêt à porté et qui refile doucement le bébé à son acolyte du début Baptiste (prochaine étape du tissu au Sentier ?), il y a le BlogduWebDesign, Boulet qui continue à dessiner pour nous sporadiquement, sans pression et tant d'autres qui se bougent. Mais avouez que ça ne sent plus la franche camaraderie comme à l'époque de LaFraise.

Peut être parce qu'il manque le lieu, tout simplement.
Que les bloggeurs d'hier sont les papas et mamans d'aujourd'hui et qu'ils n'ont plus le temps, qu'il faut bien bouffer aussi... Qu'ils se sont fait rattraper par la nécessité commerciale (et c'est normal après tout) et qu'ils lui louent leur talent, avoir des copains pas chopables dans la rue.
Doit-on recréer un LaFraise, autour d'un projet commun, réunissant l'intégralité de nos intérêts (un MyMajorCompany social?) ou faire des gosses pour arrêter de glander sur internet ?
Facebook à tout cassé à mon avis et n'a pas fini de faire des dommages, mais bon...

Pour conclure, et parce que c'est un peu long, je rejoins Zippy sur la crainte d'une transformation de l'espace publique qu'est internet:

"J'ai parfois le sentiment, que la toile va de plus en plus ressembler aux centre-villes uniformisés que l'on trouve dans la plupart des villes de province : les mêmes chaines, les mêmes produits, les mêmes modes de commercialisation, bref une consommation standardisée voir même mondialisée."

Il nous faut des villages, bordel !!! Avec des champs et paysages variés !!

Pour moi qui ai toujours rêvé de bosser dans le t-shirt et de créer ma société, faut avouer qu'internet ne concrétise plus cet espace rêvé pour ce genre d'initiative. La preuve en est, je bosse dans une société internet de t-shirt qui galère, face à une concurrence pété de blé qui ne nous laisse aucune marge de manoeuvre, à part la CREATIVITE, objet de ce blog.

"Se réinventer chaque jour..." qu'il disait.

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